Lutte contre le moustique tigre à La Réunion : bilan de la deuxième phase du projet Technique de l’insecte stérile

L’IRD organise, du 21 au 23 janvier 2019, la restitution de la phase 2A du projet « Technique de l’insecte stérile » (TIS). L’occasion, pour les partenaires du projet, de présenter un bilan des avancées scientifiques obtenues et d’évoquer les perspectives du projet. 

Depuis 10 ans, l’IRD à La Réunion et ses partenaires nationaux et internationaux s’attachent à œuvrer pour le développement de la Technique de l’Insecte Stérile (TIS) appliquée comme moyen

complémentaire de contrôle de populations de moustiques tigres (Aedes albopictus ) à La Réunion. Ces moustiques sont les vecteurs de maladies comme le chikungunya et la dengue, causes d’épidémies.

La TIS, précédemment employée pour des problématiques agricoles, consiste à lâcher dans la nature des moustiques mâles élevés en laboratoire et rendus stériles par exposition aux rayons X (comme si on leur avait fait passer une radiographie). Il ne s’agit donc pas de mâles dont l’organisme aurait été génétiquement modifié. L’accouplement des moustiques mâles stériles avec les moustiques femelles ne donne pas de descendance. Ces moustiques stériles génèrent des pontes non viables (les œufs pondus ne sont pas fécondés et n’éclosent pas), ce qui entraîne naturellement un déclin de la population de moustiques et diminue ainsi le risque de transmission de maladies chez les humains.

Cette méthode de lutte biologique est respectueuse de l’environnement, pérenne et permet de contrôler uniquement l’espèce ciblée. Le projet TIS vise bien à renforcer l’arsenal des outils de LAV efficaces existants. Il s’agit d’une méthode préventive, visant donc à empêcher la résurgence d’épidémies, et non à les stopper.

Louis-Clément Gouagna, entomologiste médical à l’IRD (UMR MIVEGEC), a coordonné la première phase d’études du projet TIS, entre 2009 et 2014. Cette phase a consisté en une collecte de données sur la biologie du moustique tigre, un développement technologique et un renforcement des capacités requises pour l’élaboration et la mise en oeuvre de la TIS.

Quel bilan pour la phase TIS 2A ?

La première partie de la seconde étape, initiée en 2016, avait pour objectifs d’évaluer la faisabilité technique, économique et sociale du dispositif pour envisager, dans le futur, un déploiement en milieu naturel. Parmi les résultats mis en lumière par les travaux de la phase TIS2A :

  • L’IRD a maintenant déterminé la méthodologie la plus efficace et rentable pour produire une grande quantité de mâles stériles
  • Les nymphes femelles étant plus grosses que les mâles, l’utilisation d’un procédé de tamisage est apparu comme la méthode la plus efficace et rapide pour séparer les nymphes mâles et femelles
  • La méthode d’exposition aux rayons X a été calibrée pour stériliser le moustique mâle, tout en le laissant en toute possession de ses moyens pour pouvoir être compétitif par rapport aux mâles présents dans la nature
  • 95 à 100 % des œufs issus des pontes de femelles accouplées avec des moustiques mâles stériles n’éclosent pas.

Une enquête d’acceptabilité sociale a également été réalisée fin 2018 par IPSOS auprès d’un échantillon représentatif de la population réunionnaise (1150 individus). Parmi les principaux enseignements de cette étude :

  • Les Réunionnais sont majoritairement convaincus de l’efficacité des méthodes de LAV pour lutter contre les moustiques. 68 % des personnes interrogées pensent qu’il est possible de réduire le nombre de moustiques à La Réunion.
  • La TIS reste une technique de LAV relativement méconnue et qui doit être davantage expliquée aux Réunionnais. 34 % des personnes interrogées ont déjà entendu parler ou ont déjà discuté de la technique de l’insecte stérile.
  • Les attitudes spontanées vis-à-vis de cette technique sont globalement positives à ce stade du programme : près de 2 Réunionnais sur 3 (61 %) soutiennent le développement de cette méthode à La Réunion.

Le bilan des phases de recherches fondamentales et appliquées jusqu’alors menées pour l’avancée de la TIS apparaît donc positif. Les indicateurs sont au vert pour le passage à la phase d’essai suivante.

Perspectives

Le bilan positif obtenu à l’issue de cette phase préparatoire préfigure la mise en oeuvre de la prochaine étape, à savoir la phase d’essai TIS2B. Celle-ci sera dédiée aux lâchers tests de mâles stériles pour la lutte contre Aedes albopictus en milieu naturel sur une zone pilote établie selon des critères scientifiques. Le lancement de cette nouvelle phase est aujourd’hui soumis à l’aval des autorités locales compétentes, et devra passer par la publication d’un arrêté préfectoral.

La réalisation de la phase TIS2B permettra ainsi de lever les derniers verrous scientifiques et réglementaires pour envisager l’utilisation de la TIS à large échelle à La Réunion. Elle fournira des données techniques précises sur la mise en oeuvre de la TIS sur le terrain, son efficacité sur le moustique cible et ses éventuels impacts sur l’environnement, ainsi qu’un baromètre de suivi de l’acceptabilité sociale et du ressenti des habitants face à la mise en place de la TIS dans leur quartier.

Le projet TIS n’aurait pas pu être mis en oeuvre sans l’étroite collaboration des nombreux acteurs publics et privés, partenaires de l’IRD : Institut Pasteur, Université de la Réunion, CIRAD, CNRS, DRASS, CRVOI, AIEA, Oxytec, UKY, ILM, CAA « G Nicoli » Italy, ARS OI, DRRT, Préfecture et Conseil Régional de La Réunion.

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